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L'entrée de Crépey
Barisey au Plain en 1955
Chapelle Notre Dame des Gouttes ..... à Housselmont commune d'Allamps
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Mathilde 91 ans et Edouard 90 ans (Barisey au P 1971)
...... Fiauves et légendes .................. Les histoires d'Edouard et Mathilde . ... Quand, à .. Barisey (au Plain), la fraîcheur du soir avait chassé l’étouffante chaleur d’une longue .. journée d’été, mes grands-pa- rents allaient s’asseoir sur le banc installé devant leur maison. Quelques voisins ne tardaient pas à venir .. les y rejoindre, et la conversation .. débutait par des considérations météorologiques sur le temps et .. ses conséquences prévisibles sur les futures récoltes. Puis étaient évoqués ces multiples petits événements de la vie lo- cale, toujours promptes à raviver de vieux souvenirs. ... C’était . au milieu des années quarante (1940) et la Télévision, en- core . balbutiante, . laissait le champ libre au couarail . Souvent, lors- que .. les sujets d’actualité étaient épuisés, l’Edouard, ou ma grand- mère .. Mathilde, racontaient des anecdotes locales et des contes de Crépey. . Il était question d'Emile M qui, parti quelque temps du village, était revenu plus hâbleur que jamais. A l’entendre il n’avait manqué de rien et surtout pas de sucre dans l’usine où il travaillait. Employé à .. scier le sucre en morceaux, il rentrait cha- que soir les poches pleines de sciure. ... L'Emile prétendait également .. être allé à Paris. Quand on lui de- mandait ce qu’il avait vu dans la Capitale, sa réponse était toute prête : « . j’no vu pécheune .. (personne), disait-il, c’éto l’dimanche après-midi, tout le monde était à vêpres, y avo qu’les poules su les tas de fumiî . ! . » . Ce scieur de sucre ne manquait pas d’humour. ... Dans « . Histoire méconnue de nos villages . » Bernard Perrin cite cette anecdote racontée par un habitant de Saulxures (André Re- nault), ancien combattant de la guerre 1914 - . 1918 . : . « . Après la guerre, dit le père Renault, les bluffeurs n’ont .. pas manqué et comme toujours, .. ce n’était pas ceux qui en avaient fait le plus. A Barisey-au-Plain, tous les .. jours, il y en avait un qui racontait la même histoire . ; il prétendait qu’il était resté trente-six heures sur un cheval. Un jour, un malin lui demanda . : - Tout de même pas dans la même journée . ? - Si, répondit l’autre, dans la même journée . » . ... L’histoire la plus connue, à Barisey, était sans conteste celle de Marie « . Chtin-yac . » . Si, au début du XX e siècle, les loups ne s’approchaient plus des villages, . ce n’était pas le cas des renards dont les époux Séran et Marie A avaient déjà eu à se plaindre. .. Quand cette nuit là le cha- rivari avait recommencé dans son poulailler, .. le père Séran s’était précipité, . en chemise et bonnet de coton, au secours de ses géli- nes. ... Surpris . par la rapidité de l’intervention, . le renard s’était vu acculé au fond du poulailler .. par ce furieux qui réclamait, à cor et à cri, un couteau à sa femme. . Mais la Marie était trop sourde pour com- prendre ce que hurlait son homme, depuis le poulailler. C’est ain- si que les voisins des A, réveillés en pleine nuit, entendirent . : - Mariie . ! j’tin yac . ! (je le tiens) - Cosso . ? (quoi, qu’y a-t-il . ?) - J’tin yac . ! y rnââ . ! (le renard) apoute mi l’grand caouteil . ! ... (apporte moi le grand couteau) - Mais cosso don . ? Plus fort encore . : . « . Mariiie . !! etc.» Bref, Marie finit par apporter le couteau, le goupil est saigné comme un lapin et, conséquence .. inopinée de l’affaire, Marie A devient, pour tout .. le village, la Marie Chtinyac. A cette époque, les sobriquets étaient tout aussi fréquents que tenaces. ... Autre exemple, André Renault, qui connaissait par cœur les sur- noms des habitants de son village, raconte à Bernard Perrin . : « . Un . homme . de Saulxures prétendait avoir surpris des gamins en- train de marauder. .. Alors que les fautifs, certains de ne pas avoir été vus, lui lançaient . : - comment le savez-vous . ? .. Vous n’étiez pas près et vous tourniez .. le dos. - Oui, répondit l’autre, c’est vrai, mais j’ai un œil au c...! .. Il mourut avec ce sobriquet . ». ... La soupe (surtout au lard) était de loin .. le met le plus répandu dans nos villages, où . l’expression « . manger la soupe . » (déjeuner ou dîner) .. gardait, à . l’époque, toute sa signification. Rien d’éton- nant alors que la soupe apparaisse dans beaucoup d’anecdotes. Les . anciens .. de Barisey connaissaient tous l’histoire de la soupe à la . relavotte. Celle de la soupe au paroissien (le missel) est moins répandue. ... Elle débute un .. dimanche matin chez Marguerite qui va, une fois encore, être en retard à la messe. Le "troisième" est sonné depuis un .. moment et Marguerite n’est toujours pas prête. Elle doit encore s’habiller « . en dimanche . », avec .. chapeau, manteau et bottines, puis recharger son feu sous le chaudron à soupe, sans oublier d’y plonger la tranche .. de lard qu’elle vient de .. découper. Ah . ! son livre de messe. Monsieur le curé, qui n’aime .. pas les retardataires, va encore lui faire les gros yeux. ... Son .. missel sous le bras, Marguerite se hâte vers l’église, d’où lui parviennent les accents du Credo. Et .. cette porte qui s’évertue à grincer lamentablement . ! . Des .. chapeaux (féminins) s’agitent dans la nef et les enfants de chœur se sont tous retournés. « . Et unam, sanctam, catholicam . » la perturbatrice a rejoint son banc. Elle saisit maintenant son livre et tente de l’ouvrir mais, horreur, le paroissien romain s’est transformé en bout de lard . ! Les . mauvaises langues ajoutent que la Marguerite a continué d’aller chaque dimanche à la messe, .. avec son missel bouilli (et rôti au séchage) sous le bras. ... Et ces fameux contes, me direz vous ? ... Les .. fiauves étaient l’équivalent de ce qu’on appelle aujourd’hui, en France, des histoires belges (et le contraire à Bruxelles). Ces contes, forts nombreux en Lorraine centrale, se ressemblent tous plus ou moins. Y sont raillés les membres ordinaires de la com- munauté villageoise, très rarement le curé ou l’instituteur, .. parfois le maire, mais le pompon appartient sans conteste au conseil mu- nicipal, comme dans la fiauverie du rouleau compresseur. ... Le maire de Crépey a réuni son conseil, pour l’informer que la route .. reliant Crépey à Colombey allait être (enfin) réempierrée et même . cylindrée. Devant la perplexité des conseillers municipaux, le maire, qui lui non plus n’a jamais vu de cylindre, doit expli- quer de quoi il retourne. Le .. cylindre, dit-il, c’est, en beaucoup plus gros, un rouleau comme celui que votre femme prend pour allonger la pâte, quand elle fait la quiche. Ah non . ! Protestent les conseillers .. unanimes, il y a déjà sept ki- lomètres pour aller à Colombey, c’est assez loin comme ça . : . « . no- me beso d’allonger la route . ! . » ... Outre les fiauves, les anciennes traditions, ou les farces nocturnes perpétrées autrefois par les “jeun’hommes” , étaient souvent évo- qués au cours du couarail . : le dônage des candidats et candidates aux fiançailles . ; le barrage des mariés (et les .. coups de fusil en l’air) à la sortie de l’église .. le “tocsinage” ou “bassinage” des veuves (plus rarement des veufs) qui se remariaient. ... Le bassinage avait lieu, en principe, la veille .. du remariage. Ce soir là les jeunes gens organisaient, dans les rues du village et de- vant le domicile de .. la veuve, un charivari assourdissant à l’aide de . casseroles, . bassines, clochettes, voire même un rouleau agrico- le (en fonte) rempli de pierres. Cela se terminait en général par .. une tournée offerte aux bassi- neurs, sauf .. quand les bassinés s’y refusaient pour manifester leur mauvaise humeur. . [ . Le dernier tintamarre organisé à Barisey, re- monte aux environs de 1950.] ... Les farces étaient .. affaire d’imagination et les garçons (les filles aussi mais dans d’autres domaines) n’en manquaient pas . : brou- ette à .. fumier suspendue au sommet d’un arbre et que son utilisa- teur habituel cherche, au petit matin, sans penser à lever . les . yeux . ; chariot aux roues inversées (les grandes devant, les petites à l’ar- rière) dont les limons pointent bêtement vers le ciel . ; . balais d’écu- rie fiché, en guise de mai, dans la chanlate (gouttière de toit) d’une "vieille fille" revêche. ... D’autres plaisanteries moins inoffensives .. comme, par exemple, d’allumer une mèche de souffre dans une goulotte d’évier, ou d’empiler une .. corde de bois contre l’unique porte d’entrée d’une maison, dégénéraient parfois en querelles de voisinage. ... La demie de dix heures (22 h 30) sonne au clocher. Le couarail se termine sur .. d’ultimes prédictions météorologiques pour le lende- main. Jules .. Masson, lui, s’en tient à l’almanach du “Grand Mes- sager Boiteux” qui prévoit le temps un an à l’avance. « Un an à l’avance ? Bin, Jules, faut qu’t’aies une sâcrée mémoi- re pou t’en souv’nir le moment v’nu ! » ..................... La légende de Notre Dame des Gouttes ... Qui pourrait ignorer, au .. Pays de Colombey, la fameuse légende de Notre Dame des Gouttes, dont témoigne toujours .. la chapelle accrochée à .. flanc de colline, entre Housselmont .. et Barisey-la- Côte . ? (Le hameau d’Housselmont, dont dépendait cette chapelle, a été rattaché à Allamps, en 1971.) ... Une tradition . orale, remontant sans doute au Moyen Age (ou à la renaissance, personne ne sait exactement) , veut .. que le seigneur de . Vannes (le Châtel) ait sacrifié sa fille, à l’endroit où elle s’était cachée pour échapper au .. mari qu’il voulait lui imposer. Prenant au .. mot sa fille indocile qui préférait, disait-elle, la mort au maria- ge, le père lui aurait fait couper les veines. Emue par ce crime, l’autorité .. ecclésiastique aurait condamné le seigneur de Vannes à ériger une .. chapelle expiatoire, là où l’innocente victime avait ré- pandu toutes les gouttes de son sang. [On trouvait encore dans la chapelle de N.D. des Gouttes, voici quelques .. années, un tableau représentant, au centre, la Vierge .. auprès de la croix et en retrait, confirmant la .. légende, une jeune fille agonisant dans les bras de son père]. ... Quel était donc cet être sanguinaire, émule de Barbe bleue ? Etienne Olry, l’instituteur archéologue d’Allain (1829 . -1885), n’hésite pas, en s’appuyant sur la tradition .. orale, à reconnaître dans ce personnage le baron Jean Jacques de Ligniville, seigneur de Vannes, Saulxures, Housselmont et autres lieux, .. de 1572 à (environ) 1620. Rien n’étant venu, jusqu’ici, confirmer cette hy- pothèse, peu compatible avec la personnalité du dit gentilhomme, le mystère reste entier. ... La chapelle, dont les plus intéressantes statues ont été volées, en 1980, porte .. en façade le millésime 1670. Cette date indique vrai- semblablement . l’année de reconstruction de l’édifice, après la guerre de Trente ans. Plusieurs personnes reposent dans cet en- droit, notamment Nicolas GEORGE , un habitant d’Allamps décé- dé en 1736, .. et « . inhumé dans la chapelle des Gouttes car interdit d’église et de cimetière . » . Il y avait également sur place un ermi- tage, dont les occupants .. (en 1670 , .. François JEAN et Isabelle sa femme) entretenaient les lieux tout en cultivant un lopin de terre, à proximité. ... Parmi les anecdotes relatées par Etienne Olry, se trouve une his- toire d’ermite " violoneux ", que l’on peut résumer ainsi . : Un nommé Michel qui gardait, à cette .. époque (disons avant la Révolution), la chapelle d’Housselmont, faisait aussi .. danser les jeunes . gens . au son du violon, dans les fêtes patronales du voisina- ge. Michel revenait de la fête de Bagneux, avec son salaire tout de .. quiches et de michottes, quand un loup, surgi du bois de Woë- vre (entre Bagneux et Barisey-la-Côte), . se mit à le suivre. . Pensant se débarrasser ainsi de son dangereux compagnon, le musicien abandonna une à une .. toutes ses pâtisseries à l’animal insatiable qui, à chaque fois, s’empressait de le rattraper. C’est .. alors que le pauvre Michel, totalement démuni .. face à la bête féroce, pris son violon et joua le meilleur morceau de son répertoire. Le loup, in- terloqué, fit aussitôt demi-tour et disparu. ... A "Notre Dame des Gouttes" se .. trouve aussi une source qui cou- le, en contrebas de la chapelle, dans une petite fontaine. Selon la tradition, cette eau guérissait notamment de la conjonctivite et de la goutte. D’autre part les garçons et filles à marier avaient re- cours, en ce lieu, au fameux teste du « . mouchoir flottant . * . » , con- nu en maints endroits depuis la nuit des temps. Il n’est d’ailleurs pas .. impossible que le culte de Notre Dame des Gouttes ait succé- dé à une tradition .. païenne. Les gouttes d’eau de la source exis- taient, quoiqu’il en soit, bien .. avant les gouttes de sang évoquées dans la légende. ... . * La pratique du mouchoir flottant consiste à étendre un linge sur ... l’eau d’un bassin. Si le mouchoir coule, le mariage a lieu dans les .. douze mois. Sinon . il n’y a plus qu’à attendre l’année suivante ... pour renouveller l’opération. ...
Rouleau compresseur (1925)
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