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Reposoir de la Fête-Dieu (vers 1950) J.Maillard
Croix "Guillaume" à Barisey-au-Plain
La foire de Gondreville, par Jacques Callot (1625)


La veillée , vers 1680 (Claudine Bouzonnet-Stella)
...................... Mentalité (foi et traditions) . .... Un pays catholique . De . par la primauté morale et spirituelle de son enseignement, . de ses rites et institutions séculaires, .. la religion est en prise constante sur la vie des gens de la naissance à la mort. .. Dans la seconde moitié du XVI e siècle, . la religion . traditionnelle et sclérosée a .. entamé sa reconstruction face à la vague contestataire de la .. réforme protestante. L’université de Pont-à- Mousson, fer de lance de la contre-réforme, est créée en 1572. L’esprit post-tridentin (le concile de Trente s’est .. déroulé de 1545 à 1563), n’a pas .. encore marqué de son empreinte la spiritualité lorraine. Une spiritu- alité inspirée de la mystique espagnole, et dont les formes de dévotion sont empruntées à la communauté franciscaine (surtout aux capucins) en particulier la large place réservée au culte de Marie et des saints. ... D’importants .. pèlerinages ont lieu dans les sanctuaires dédiés à la Vierge Marie . : Notre Dame de Bonsecours et N.D de Bonne nouvelle à Nancy, N.D des Vertus à Ligny-en-Barrois, . N.D de Sion, .. N.D de Benoîte-Vaux et d'autres encore. La . dévotion mariale s’exprime aussi par la création de multiples confré- ries remontant au XIV e ou XV e siècle et qui devaient subsister jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. .. [A la congrégation de N.D des Vertus, .. réser- vée aux mères de famille, étaient venues s’ajouter notamment celles de l’enfant .. Jésus pour les petits et de Saint Nicolas pour les jeunes hommes célibataires. Les statues des Saints-patrons étaient .. respectivement ac- cueillies, chaque année, dans une famille différente.] ... La dévotion aux saints convient à merveille à des ruraux, . attirés par leur humanité . et par l’espérance de la guérison des maux dont souffrent bêtes et gens. Tous les .. saints et les saintes ne sont pas également vénérés. En fonction du lieu . et de la nature particulière de l’intercession demandée, tel . saint est invoqué plutôt que tel autre. En temps de peste, on s’adresse surtout à saint Sébastien, saints Roch ou Charles Borromée. Pour . les habitants de Crépey, .. la préférence va à saint Lambert (évêque de Maastricht, assassiné à Liège vers 705), dont la chapelle primitive si- tuée sur le plateau de la "Chalade" remonte au XV e siècle. .. Les gens de Crépey . assureront toujours, . quatre . cents ans plus tard, que « . si Diû n’éto- me Diû, .. ça Saint . Lambert que s’ro Diû . » (si Dieu n’était pas Dieu, ce se- rait saint Lambert qui serait Dieu.) Barisey-au-Plain . n’avait . pas de chapelle isolée mais, sur la façade d’une maison, un tableau. du "miracle de saint Hubert", datant de 1666. On ve- nait se recueillir .. devant l’image du saint patron des chasseurs, quand la santé des animaux était en cause. (Ce tableau, restauré en 1825, demeura en place jusqu’au début du XX e siècle.) ... Devant la passivité et . parfois .. l’inconduite du clergé rural qui enseigne rarement le catéchisme, les .. manifestations de la foi se limitent souvent aux dévotions affectives, à la participation obligatoire aux offices et au respect des interdits. Mais .. là aussi les manquements aux .. règles sont nombreux. . Les hommes préfèrent souvent jouer aux quilles, ou fréquen- ter les tavernes à l’heure des vêpres, quand ce n’est pas .. pendant la messe. Les . mauvais catholiques .. qui ne respectent pas . le jour du Seigneur, sont parfois .. (comme à Vézelise en 1614) menacés d’amende. Les " mangeurs de chair en carême " sont, eux .. aussi, poursuivis. En . fait, au moins jus- qu'au .. XIX e siècle, . . les bons comme les mauvais chrétiens croient tous en Dieu, au Diable, et ne manquent pas, au besoin, d’invoquer la Vierge .. ou le saint susceptible de . guérir leur femme, leur enfant, ou leur vache... ...... L’école et son régent . A . en juger par le .. peu de personnes sachant écrire leur nom, il semble que l’école ait tenu peu de place dans la culture populaire avant les dé- buts .. du XIX e siècle. Dès 1560 le synode de Toul avait bien préconisé la fondation d’écoles dans les campagnes, mais les progrès en ce domaine furent plutôt lents. Seules Toul et Vézelise possédaient . des « . grandes escholles . » ou « . escholles .. latines . ». Par ailleurs, il est question de l'ou- verture d'une école presbytérale à Barisey-au-Plain, .. à la fin du XVI e siè- cle. Des régents d’école (magister ou maître .. d’école) sont également mentionnés à Dommartin-lès-Toul en 1591, .. Bicqueley en 1614, Viterne en 1618, Pierre-la-Treiche en 1627... ... Qu’enseignait-on dans ces premières écoles rurales . ? ... Comme . à Liverdun, . en . 1567, . le maître est généralement chargé de "mon- strer à lire, . écrire et chanter" .. aux enfants qu’il doit aussi "endoctriner fidèlement en bonnes meurs .. et ne rien permectre qui soit contre l’hon- neur de Dieu, de l’Église et religion catholique." Dans un règlement de 1695, l’évêque .. comte de Toul (Henri de Thyard de Bissy) . rappelle, . qu’après avoir subi un examen portant sur la lecture, l’écriture, le calcul, la doctrine chrétienne, le chant liturgique et l’office divin, le régent d’école doit encore : « . avoir grand soin .. de . s’abstenir de .. tout ce qui peut scandaliser les en- fants et de . leur donner des injures, dire de mauvaises paroles et s’eni- vrer . ; (...) de fréquenter les cabarets, . ni d’être . d’aucune débauche aux- quelles sont sujets les gens de la campagne . ». (...) D onner le bon exem- ple et, en raison de leurs .. fonctions ecclésiastiques, être « . plus sages et plus retenus que les autres . ». . . . De même, en 1709, le nouvel évêque (François Bloüet de Camilly) . recommande d’éviter . la .. nomination de cé- libataires à . ce poste : « . l’expérience trop certaine et trop fréquente fais- ant voir que .. les . maîtres .. non .. mariés sont moins sages et moins retenus que ceux qui y sont . » . ... A défaut .. de . ce que l’on nommera plus tard la « . maison d’école . », le maî- tre fait classe . . dans un local disponible, souvent une chambre mal éclai- rée et insalubre. .. Le régent d’école est engagé par la communauté des ha- bitants, . le .. plus souvent à la suite d’une adjudication. Ce choix doit rece- voir l’agrément du .. curé. Dans un traité . . (contrat) établi en bonne et due forme, le maître d’école s’engage à : ... - desservir l’église, chanter aux offices et .. "plaire à . Monsieur le curé" .. (Bagneux 1713). . [Dans nombre de paroisses rurales l’instituteur conti- .. nuera à diriger .. le chant liturgique . . à l’église, des années encore après la .. parution, en 1882, de la loi Jules Ferry sur la .. laïcité .. de l’enseigne- .. ment . ;] ... - sonner . les . cloches . matin, midi et soir pour les angélus . ; en cas d’orage, .. de gelée matinale au printemps et, .. comme à Barisey-au-Plain en 1791, .. "conduire l'horloge"; ... - tenir l’école pendant toute l’année, excepté généralement durant les .. grands travaux saisonniers (fenaison, moisson, vendange). .. ... Conformément aux termes du .. contrat, le magister reçoit pour son gage une . somme d’argent versée .. par la communauté et une autre par les pa- rents des écoliers, suivant que l’enfant écrit, ou n’écrit point. . A cela s’ajoute souvent une rétribution en . nature . : .. une gerbe de blé et d’orge par . chaque .. habitant à Bagneux, où ceux qui ont des écoliers promettent, en outre, de .. couper, façonner et charroyer la portion (affouage) du ré- gent d’eschole . .. Le niveau de rétribution du maître d’école ne devait pas être, . à quelque avantage près, très éloigné de celui du berger communal ou d’un manouvrier sous contrat. . [A partir du milieu XIX e siècle, les ins- tituteurs seront logés par les communes.] ...... Fêtes, foires et veillées . L’effort . d’alphabétisation des campagnes . réalisé à partir de 1600, puis interrompu par la guerre de Trente ans, ne commencera vraiment à por- ter ces fruits qu’à la fin du siècle. Jusque là, et même un peu plus, la cul- ture populaire continuera .. à se transmettre essentiellement dans le cadre familial . et communautaire, en particulier au cours des veillées. . Ces " poe- les " (veillées) suscitent la . méfiance du clergé qui manifeste surtout son hostilité aux assemblées nocturnes, où les jeunes gens se retrouvent pour chanter et danser. ... L’autorité diocésaine se montre aussi très réservée envers les réunions d’adultes ou de . familles voisines, terrain propice aux activités profanes et . aux pratiques diaboliques. . Cette inquiétude est parfois .. partagée par les autorités locales qui, à l’instar du conseil de Vézelise en . 1606, n’hésitent pas à interdire les veillées . « . pour éviter aux inconvénientz . qui . peuvent survenir en grande assemblées .. qui se font ez poilles et retrancher une infinité .. d’insolence et propos . dissoluz qui s’y commentent et profèrent . » . Ancrée au centre de la culture .. populaire, .. avec ses conteurs, ses chan- teurs, bientôt ses lecteurs, la veillée restera, jusqu’à l’aube du XX e siècle, un moment d’évasion très prisé dans les campagnes. ... Plus encore que la veillée, la .. fête constitue l’un de ces rares moments privilégiés qui viennent .. rompre périodiquement la dure trame du quoti- dien. Qu’elles touchent à la .. nature, aux coutumes antiques ou à la reli- gion, .. les fêtes marquent, avec les travaux saisonniers, les différentes éta- pes . de la vie communautaire. . Outre les principales solennités chrétiennes comme Pâques, Noël .. et surtout la fête patronale du village, des réjouis- sances soulignent la fin des .. moissons ou des vendanges, le solstice de juin (feux de la saint Jean) et « . l’arbre de mai . » au cours de la nuit du 30 avril au . 1 er mai. Une coutume déjà connue (semble-t-il) dans l’Antiqui- quité, et qui remonterait aux Celtes dont l’année commençait le 1 er mai. Le . "Mai" . est représenté par une branche d’arbre ou un jeune arbre entier, que les jeunes .. gens plantent ou attachent devant la porte, parfois même au faite de la cheminée des jeunes filles du village. .. Selon . le langage des arbres, le message .. est contenu dans le choix des ramures, entre le char- me et... l’épineux. ... Bien sûr, tous n’ont pas les moyens suffisants pour préparer des repas de fête, mais . chacun profite au moins de la pause. .. La femme arrête un peu son dur labeur . ; .. l’homme va jouer aux quilles, aux cartes ou aux dès . ; les jeunes gens dansent et les enfants s’amusent. A Nancy ou à Toul, beau- coup vont .. au jeu de paume. A Vézelise, une pratique interdite en 1614, consistait . à tirer « . avec arbalestres ou autrement . » sur des échelles dres- sées contre les murs de l’église. La . foire .. qui n’est pas la fête, vient elle aussi rompre la monotonie quoti- dienne, . en dépassant le simple cadre local de la communauté villageoise. Destinés aux échanges de . produits agricoles et artisanaux, les foires et marchés .. sont autorisés par le prince qui perçoit, en retour, une part de la taxe appliquée aux différentes transactions (la TVA de l’époque). ...... La délinquance . En . . dehors des crimes imputables aux pillards, .. tel l’assassinat . en 1635, du conseiller d’État Charles de Landrian, à la sortie d’Allain . ; ou de ven- geance comme le .. meurte de Joseph Colotte à Saulxures-lès-Vannes, en 1875, la délinquance ordinaire est .. surtout constituée de violences (ver- bales ou physiques), vols et mesus divers. Cette . . promptitude des .. paysans à crier, s’injurier et parfois se battre dé- coule, . en partie, . du mode de vie de l’époque (habitat groupé, imbrication des parcelles, fortes .. contraintes communautaires). Cette forme d’agres- sivité existe aussi, d’ailleurs, en milieu urbain. La . violence peut éclater n’importe où . : au cabaret, dans la rue, dans les champs, en forêt parfois. Les exemples sont nombreux . : au seul village de Saulxerotte, en 1563, un .. habitant était condamné pour avoir "inhu- mainement et de nuict" battu .. un villageois de Favières . ; un autre avait "oultragé (un voisin) .. nuictament tirant pistolez parmy les vitrines . (vitres de sa chambre) les dérompant en jurant et blasphémant exécrablement". ... Les enfants .. ne .. sont pas en reste, surtout les garçons qui s’en prennent à ceux des villages .. voisins. Déjà Jeanne d’Arc évoquait, au cours de son procès, les batailles entre les gamins de Domrémy (dans le camp des Ar- magnacs) et ceux de Maxey (sous domination bourguignonne), durant son enfance. Près de .. trois siècles plus tard encore, un procès, devant la justice ... de Colombey-les-Belles, témoigne des bagarres répétées qui avaient . opposé, .. en mai et juin 1701, les gamins de ce village à ceux de Barisey-au-Plain. ... Outre les coups et bléssures, les .. violences verbales, injures, menaces, blasphèmes, mensonges et calomnies sont également sanctionnés. Trai- ter . quelqu’un de larron ou de sot est puni d’amende. Les blasphèmes les plus courants sont . : . « . la mort .. Dieu, ventre-Dieu, sang-Dieu et la chair Dieu . » . Supprimé en 1791, le .. délit de blasphème sera temporairement rétabli sous la Restauration (1814 - . 1830). ... Si ce n’était le maraudage dans les jardins, le vol à proprement parler est assez rare au sein des communautés villageoises. Les chapardeurs sem- blent apprécier tout particulièrement les poires, .. si l’on se réfère aux cas relevés par Guy Cabourdin, dans .. six villages du comté de Vaudémont en 1571. .. Les poires constituaient l’objet du délit dans16 des 21 vols, pu- nis d’amende cette année là. La multiplication des .. menus larcins, en temps de disette, .. oblige parfois les communautés à renforcer la surveil- lance. A Bagneux, . après le terrible hiver 1709, le nombre des bangards (gardes champêtre) était ainsi passé de deux à huit. ... Lorsqu’il s’agit d’une infraction .. plus conséquente qu’un simple chapar- dage, (comme à Tumejus où, en 1593, les coffres déposés au château par les habitants de Bulligny et Crézilles, avaient été "visités"), le voleur in- voque « . un esprit malin . » et joue le plus souvent l’irresponsabilité... On doute cependant que le . maire de Favières ait pu alléguer ce genre d’excuse quand, en 1571, lui et ses complices furent supris nuitamment dans les bois communaux de Colombey, avec vingt chevaux et deux chars à quatre roues ferrées . ? .? Il . arrive . aussi . que . des jeunes gens se laissent glisser . sur la mauvaise pen- te, . à . l’exemple de ce garçon d’Harmonville qui, neuf . ans après avoir quitté son village natal, . finit sur un gibet à Pagney-derrière-Barine, en 1529. .. Aucun crime de sang ne lui était reproché mais n'avait-il pas déro- bé la coquette . somme de trente francs à son oncle de Barisey-la-Côte, avant de poursuivre une .. vie d’errance et de menus larcins qui devait le conduire inéluctablement devant la haute justice seigneuriale . ? ... Liée peut-être à ces siècles de "cultures immuables", évoqués par Mauri- ce Barrès, la . délinquance rurale .. a peu évolué entre la Renaissance et la Seconde .. guerre mondiale. Aujourd'hui encore ces histoires de querelles de voisinage ou d'après boire, de rapines, . de vols de récoltes, parfois de "débornage" nocturne, ne sont pas tout à fait oubliées. .................................... . ........... -- o -- C'est ainsi qu'ont . vécu, sur cette « . terre .. la plus usée de Fran- ce* . », nos ancêtres lorrains du Sud Toulois. ... * . Maurice Barrès (La colline inspirèe) ...
. Le maître à . la férule . XIV°Siècle (Gossouin .... de Metz)
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